A PROPOS

Même si il vit depuis toujours en France ou presque, Juandez est né à Alméria ( Andalousie ) en 1967 : de parents espagnols et républicains, mais tellement attachés à leur racines et à le faire hériter de leur nationalité, qu’ils ont tenu, juste le temps que sa mère le mette au monde, à ce que leur fils naisse au pays, de l’autre côté des Pyrénées. Alors que la Caudillo était toujours en fonction…

Cette anecdote familiale, pourtant bien mince, est capitale pour comprendre le travail du peintre. Il a été nourri des souvenirs de ses parents, a partagé leur exil comme s’il l’avait lui-même vécu. De même qu’il a fait sienne leur nostalgie, et leur vision assez sombre d’un monde soumis à la violence et l’injustice. Il s’est donc approprié cette période de la guerre d’Espagne comme terrain privilégié de réflexion et de création, aussi puissantes l’une que l’autre, confirmant le mot de Da Vinci sur la peinture, vue comme « une chose mentale ». Il explore les ombres et les lumières de cette époque en révélant avec une belle énergie tout ce que la notre, présumée moins barbare, garde de commun avec elle. Un travail de juge instructeur mais passionné par l’esthétique.


Issu d’un milieu agricole modeste, rien n’aurait du le conduire à une carrière artistique. Si ce n’est sa curiosité d’enfant : elle émerveillait des aquarelles que le châtelain local, qui vivait la plupart du temps à Paris, offrait chaque année comme premier prix du loto de ce tout petit village de l’Aude dans lequel Juandez a grandi. Ému par ce garçonnet qui le pressait de questions pour arriver à faire aussi bien que lui, ce châtelain-peintre de talent, lui a proposé de l’accompagner dans ses balades d’été dans la garrigue pour des études de paysage de plein air. Ainsi est née une vocation précoce et irréductible, que la précarité de ses moyens matériels a fortifiée dès les débuts par l’élaboration de techniques mixtes très personnelles, dont il joue désormais en virtuose. Il pose, juxtapose, superpose des matières minérales très denses et des transparences de lavis d’encre ou de vernis colorés à l’oxyde d’une légèreté inouïe, combinant l’huile, le fusain, l’acrylique et le stylo bille : ce qui rend son travail identifiable au premier coup d’œil, autant que ses mises en page.

Juandez est un expressionniste très proche de l’abstrait, mais ce n’est pas un peintre abstrait. L’étude attentive de ses dessins ou de ses toiles, au premier coup d’oeil complexes, laisse en effet apparaître peu à peu des structures identifiables, organiques : celles de corps contraints par la douleur ou épanouis par la jouissance. Ces formes sont justes allusives et jamais descriptives, ce qui les rend très fortes, prêtes à s’incarner ou à imploser, souvent féminines, parfois taurines.

Elles sont construites à partir d’éléments répétitifs, que l’on retrouve d’un tableau à l’autre et qui constituent un vocabulaire lancinant, derrière des grilles ou des croix, symboles de l’asservissement par la prison ou la superstition. Ce sont des images estompées du franquisme fanatique et dévot dont Juandez se déleste toile après toile. Son appartenance à l’Espagne se retrouve même dans le rapport qu’il entretient avec le tableau pendant qu’il le peint, qui serait celui d’une élégante séance de tauromachie, où le sang deviendrait presque virtuel, symbolique, et réduit à quelques fulgurants éclats rouges : après avoir choisi son sujet, (comme on lève une fille), le peintre essaie de le séduire. Il lui accorde l’illusion que c’est le tableau qui commande, pour mieux porter, après de multiples feintes minutieusement mises au point, l’estocade finale. En dialoguant avec la toile, il l’autorise à des libertés sur lesquelles il revient pour mieux les effacer : avec des gestes rageurs quand elle ne va pas où il veut la faire aller, ou bien avec des caresses attentives lorsqu’elle lui a apporté un raccourci plastique intéressant. Par touches successives et par autant de faux repentirs, il en vient à posséder son tableau comme on possède une femme qui vous résiste.

Infatigable travailleur, privilégiant les séries, il donne une belle leçon de peinture en montrant qu’une variation à peine perceptible d’une toile à l’autre confirme à la fois le bien fondé du projet initial et la radicale transformation qu’un changement de détail lui fait subir. L’abondance de son œuvre est considérable, sidérante. Sans la moindre déperdition d’énergie du plus petit dessin aux toiles les plus abouties, c’est un univers passionnant qu’il élabore : foisonnant, hyper-ibérique, proche de celui des eaux-fortes de Goya et qu’il faut découvrir en urgence.

En dehors des périodes de création, mon quotidien est rythmé par la vie au domaine
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